L'économie paraguayenne a connu une croissance de 5,8 % en glissement annuel au premier trimestre 2026 selon le Banco Central del Paraguay, portée par l'agriculture, les services et la construction. Un dynamisme réel, mais qui repose sur des bases spécifiques : l'agro-industrie du soja, l'énergie hydroélectrique d'Itaipú et de Yacyretá, et un commerce transfrontalier massif à Ciudad del Este. Voici les moteurs qui expliquent ce dynamisme, et ses fragilités.
Une croissance portée par l'agro-industrie
Ce qu'il faut retenir
- •Le Paraguay est le 4e exportateur mondial de soja et le 6e exportateur mondial de viande bovine, des chiffres remarquables pour 6 millions d'habitants
- •Itaipú (14 GW) et Yacyretá (3,1 GW) font du Paraguay le 1er exportateur mondial d'électricité par habitant
- •Ciudad del Este est le poumon du commerce frontalier avec des milliers de « paseros » qui traversent chaque jour le Pont de l'Amitié
- •La fiscalité territoriale (8-10 % d'IRP sur les seuls revenus paraguayens) attire un nombre croissant d'entrepreneurs étrangers
L'économie paraguayenne a connu une croissance de 5,8 % en glissement annuel au premier trimestre 2026 selon le Banco Central del Paraguay, portée par l'agriculture, les services et la construction. Un dynamisme réel qui repose sur des bases spécifiques : l'agro-industrie du soja, l'énergie hydroélectrique d'Itaipú et de Yacyretá, et un commerce transfrontalier massif à Ciudad del Este.
Le soja est le premier produit d'exportation, représentant environ 10 milliards de dollars par an. La canne à sucre, le manioc et le tournesol complètent le tableau agricole. L'élevage bovin, en phase de reprise après plusieurs années de sécheresse, bénéficie de prix internationaux favorables. Ces secteurs expliquent pourquoi le Paraguay, avec seulement 6 millions d'habitants, figure parmi les premiers exportateurs mondiaux de plusieurs produits agricoles.
| Les grands secteurs économiques | |||
|---|---|---|---|
| Soja | ~10 milliards USD/an | 4e exportateur mondial | 70 % de la production est exportée, principalement vers la Chine, l'UE et le Brésil |
| Viande bovine | ~2 milliards USD/an | 6e exportateur mondial | En reprise après les sécheresses de 2021-2022, 15 millions de têtes de bétail |
| Hydroélectricité | Itaipú (14 GW) + Yacyretá (3,1 GW) | 1er exportateur par habitant | Itaipú a fourni 25 768 GWh au Paraguay en 2025, soit 78 % de l'énergie consommée |
| Commerce frontalier | Ciudad del Este | Pôle régional majeur | Des milliers de paseros traversent chaque jour, en diversification vers l'industrie |
| Maquilas (loi 60/90) | ~30 000 emplois | Textile, assemblage auto, électronique | Régime fiscal très favorable pour produire au Paraguay et réexporter |
Itaipú et Yacyretá : l'énergie comme rente stratégique
Les barrages hydroélectriques sont le deuxième pilier de l'économie paraguayenne, après l'agriculture. Itaipú, construit en binational avec le Brésil et inauguré en 1984, est le deuxième plus grand barrage du monde en production annuelle avec ses 14 GW de capacité installée. Il a fourni 25 768 GWh d'électricité au Paraguay en 2025, soit une hausse de 26,4 % par rapport à 2024, et représente environ 78 % de l'énergie consommée dans le pays.
Le Paraguay ne consomme qu'une fraction de sa quote-part d'énergie et revend le surplus au Brésil à des tarifs préférentiels fixés par le traité binational. Cette revente est une source de revenus significative pour l'État paraguayen, mais elle est régulièrement contestée. Les autorités paraguayennes estiment que le tarif actuel de cession est bien en dessous du prix du marché, ce qui fait de la renégociation du traité d'Itaipú un thème récurrent de la politique étrangère entre Asunción et Brasília.
Ciudad del Este et la triple frontière : le commerce comme moteur
Deuxième ville du Paraguay avec environ 300 000 habitants, Ciudad del Este s'est construite depuis les années 1990 autour du commerce transfrontalier avec le Brésil. Le Pont de l'Amitié, qui relie la ville à Foz do Iguaçu côté brésilien, voit passer chaque jour des milliers de « paseros » (acheteurs-revendeurs) qui traversent la frontière pour faire des achats qu'ils revendent au Brésil. Cette économie de revente a fait la réputation de la ville et attire aussi des touristes brésiliens en quête de produits électroniques, de vêtements et de cosmétiques à prix réduits.
L'image de Ciudad del Este est souvent associée à la contrebande et à l'informalité. C'est une réalité, mais partielle. Depuis les années 2010, la ville se diversifie progressivement vers l'industrie manufacturière, la logistique régionale et l'investissement productif, portée par la loi 60/90 des maquilas et par le projet de corridor bioocéanique qui reliera le port chilien d'Antofagasta au port brésilien de Santos via le Chaco paraguayen.
La triple frontière (Paraguay-Brésil-Argentine) est aussi un espace culturel unique. Les trois villes de Ciudad del Este, Foz do Iguaçu et Puerto Iguazú forment une conurbation de près d'un million d'habitants où se mêlent commerçants arabes, chinois, brésiliens et paraguayens. Voir aussi la page Ciudad del Este pour les conseils pratiques de visite.
Une fiscalité parmi les plus légères du continent
Le Paraguay applique un principe de territorialité fiscale : seuls les revenus de source paraguayenne sont imposés. Les revenus étrangers (pensions, dividendes, loyers) ne sont pas taxés au Paraguay. Pour les particuliers, l'impôt sur le revenu (IRP) s'applique à un taux de 8 à 10 % sur les seuls revenus générés dans le pays. Cette fiscalité légère attire un nombre croissant d'entrepreneurs, de retraités et d'investisseurs étrangers.
Un aspect important à comprendre : il n'y a pas de seuil de présence physique pour devenir résident fiscal au Paraguay. Contrairement à d'autres pays où il faut passer un certain nombre de jours par an sur le territoire, la résidence fiscale paraguayenne s'obtient par une procédure administrative distincte. Ce sujet est détaillé dans la page formalités d'expatriation. La TVA (IVA) est de 10 % sur la plupart des biens et services, avec un taux réduit de 5 % pour certains produits de première nécessité.
| Comparaison fiscale : Paraguay vs voisins | |||
|---|---|---|---|
| Paraguay | Argentine | Brésil | |
| Impôt sur le revenu (IRP) | 8-10 % | 35 % | 30 % |
| TVA (IVA) | 10 % | 21 % | 21 % |
| Impôt sur les revenus étrangers | 0 % (territorialité) | mondial | mondial |
| Taxe foncière | ~1 % de la valeur vénale | ~2 % | ~1,5 % |
Les défis : informalité et dépendance aux matières premières
L'économie paraguayenne fait face à plusieurs fragilités structurelles. La première est l'informalité : selon l'Organisation internationale du travail (OIT), l'emploi informel représente environ 65 % de l'emploi non agricole. Les marchés de rue, les vendeurs ambulants, la revente transfrontalière et les micro-ateliers familiaux constituent une part considérable de la vie économique quotidienne. Pour le voyageur, cela signifie qu'une grande partie des achats (artisanat, nourriture, transport local) passe par des circuits non déclarés. Ce n'est pas un problème en soi pour un touriste, mais cela donne une idée du contraste entre l'économie officielle et réelle.
La deuxième fragilité est la dépendance aux matières premières et aux cycles climatiques. Les sécheresses affectent directement la production de soja et l'élevage, avec des répercussions sur l'ensemble de l'économie. La pauvreté a certes fortement reculé ces vingt dernières années (de plus de 50 % à environ 16 % de la population selon la Banque mondiale), mais les inégalités entre zones rurales et urbaines restent marquées. Le Chaco, qui représente 60 % du territoire, concentre moins de 2 % de la population et une part minime de l'activité économique.
- 1Une part importante de l'économie reste informelle, en particulier dans le commerce frontalier et l'agriculture familiale, ce qui complique la collecte fiscale et la protection sociale
- 2La croissance reste sensible aux cycles climatiques (sécheresses affectant le soja et l'élevage) et aux prix mondiaux des matières premières, deux facteurs sur lesquels le pays a peu de prise
- 3La pauvreté a fortement reculé ces vingt dernières années (de plus de 50 % à environ 16 % de la population), mais les inégalités entre zones rurales et urbaines restent marquées
- 4Les maquilas et l'émergence d'une tech-scene locale (fintech, agritech) offrent des perspectives de diversification, mais ces secteurs restent modestes en volume d'emplois
Le guaraní, une monnaie stable mais peu échangée à l'international
Le guaraní paraguayen (PYG) est administré par le Banco Central del Paraguay et flotte librement sur le marché des changes. C'est une monnaie historiquement stable pour la région, avec une inflation autour de 4 à 6 % ces dernières années, bien loin des crises hyperinflationnistes qu'ont connues l'Argentine ou la Bolivie. Cette stabilité relative est un atout pour l'économie et pour les voyageurs, qui n'ont pas à craindre des variations brutales du taux de change pendant leur séjour.
En revanche, le guaraní est une devise peu échangée hors du Paraguay. Les banques et bureaux de change européens ne proposent généralement pas de guaranís. Les voyageurs doivent donc changer leurs euros ou dollars sur place, une fois arrivés au Paraguay. Les dollars américains sont acceptés dans de nombreux établissements touristiques et hôtels, mais le guaraní reste roi pour les transactions courantes (marchés, transports, petits commerces). Voir le détail sur la page change d'argent pour les bonnes pratiques de change.
Dernière mise à jour :
Sources
- Banque mondiale - Vue d'ensemble du Paraguay (2025)
- Economy of Paraguay (2025)
- Itaipú Binacional - site officiel (2025)
- Itaipú (barrage hydroélectrique) (2025)
- Subsecretaría de Estado de Tributación (SET) - fiscalité paraguayenne (2025)
- Banco Central del Paraguay (2025)
- AP News - Actualité Paraguay (2025)
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